Apartheid

Quatrième billet de la série d’interrogations de Gérard Alle.

Quand, à la suite des attentats, Manuel Valls a parlé d’apartheid, à propos de certains territoires de la république, on lui a immédiatement tapé sur les doigts. Pourquoi ? Sur le fond, tout le monde semblait pourtant à peu près d’accord : le pays allait mal, il fallait agir dans l’éducation, le social et le maintien de l’ordre. Tout le monde était Charlie. En fait, cette unanimité de façade cache un clivage, que dis-je ? un gouffre ! Il y a d’un côté ceux qui pensent que les dogmes de la République française constituent ce que l’humanité a pondu de mieux depuis Cro-Magnon et qu’il faut les marteler jusqu’à ce qu’ils rentrent dans la tête des étrangers, des musulmans et des rebelles. Ces tenants du dogme forment un drôle d’équipage (ultra-laïcards, ultra-républicains, souverainistes, jacobins de droite comme de gauche, extrême-droite). De l’autre côté, il y a ceux qui pensent que les valeurs républicaines ne comptent que par ce qu’on fait pour les mettre en application. Partisans d’une société ouverte, ils la vivent déjà dans leur quotidien et dans leur tête. Sereinement et dans la bonne humeur. On les traite pourtant de doux rêveurs.

En vérité, les dogmatiques de la République renforcent le fonds de commerce du Front National, défenseur auto-proclamé des prétendues valeurs intrinsèques de la nation. Si l’on veut vraiment renforcer les valeurs de la République, il faut au contraire les déshabiller, les débarrasser des mensonges historiques, de l’arrogance et du nationalisme, de leur prétention universelle mais en réalité blanche, impérialiste, colonialiste et néo-colonialiste. Seul un enseignement critique de la laïcité et de la République peut permettre un enseignement critique des religions. Si chacun admet qu’il peut balayer devant sa porte, il n’y a plus de « choc des civilisations ». Mais il convient en même temps de rester intransigeant sur le maintien des acquis sociaux, ce qui est loin d’être le cas. Car s’il devient trop difficile de vivre librement sa différence et qu’en plus, il n’y a plus de contrat social, il ne peut y avoir de destin commun.

 Gérard Alle

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