Absence(s) injustifiée(s)

absence-injustifiee-BD_largeC’est sûr, Caro, la Grande Marie aurait adoré ton livre.
D’abord, elle aurait partagé l’annonce de sa sortie sur Facebook. Puis, elle se serait empressée de l’acheter à l’Autre Rive, à Berrien. Un jour de soleil, de pleine lune et d’alignement des planètes, Pluton et Vénus de préférence, elle l’aurait lu à l’ombre de son noisetier en espérant ne pas avoir à gérer, entre deux pages, les humeurs menstruelles de la voisine. Un peu plus tard, autour des 16 h, elle aurait interrompu sa lecture pour décapsuler, dans la cuisine, une bouteille de limonade de fleurs de sureau “maison” et enfouir dans sa bouche des biscuits aux graines de je-sais-pas-quoi-et-valait-mieux conservés dans une boîte à gâteaux en fer posé sur le réfrigérateur. Enfin, elle l’aurait fermée. La boite à gâteau, pas sa bouche. Puis l’aurait réouverte. “Un dernier pour la route”, elle aurait dit. La Grande Marie ne fréquentait pas les bistrots. Et c’est bien dommage. Elle aurait été parfaite au comptoir pour écouter les joies et les peines des uns et des autres. Elle était, c’est vrai, coutumière des buvettes. Celles de Poullaouën et de Douarnenez avaient sa préférence. Elle trinquait avec des blev hir, des transsexuels et même avec des filles bien mises, et pas compromises, comme moi. Elle aurait dit : « Pas compromise que tu dis, ma belle ! » On aurait souri ses amours perdus, ceux jamais trouvés et ceux largement consommés. Comme les biscuits aux graines de je-sais-pas-quoi-et-valait-mieux. Après avoir posé ses mains sur ses hanches et constaté leur embonpoint, elle aurait refermé la boîte à gâteaux, estimant que la croupe était pleine, pour enfin retourner sous le noisetier et poursuivre sa lecture.
La Grande Marie était une lectrice vorace. Sa chienne Hicham aussi était vorace. Plus de livre sur le petit guéridon en fer ! Elle aurait pesté contre l’animal adulé mais aurait salué son enthousiasme subversif. Ton livre enfin récupéré, elle aurait souri et parfois eu le cœur serré. Elle aurait adoré le néflier et le pamplemoussier. « La grosse nouille » et les « deux pestes » aussi. Militante de toujours, amie des Rroms, des Kurdes et du Maroc, « commandeuse en chef » (peste, quoi !), lectrice dévouée et boulimique de Jean-Christophe Rufin, elle ne t’aurait pas envié toutes les rencontres qui font le livre. Parce qu’elle égrenait son chapelet perso de « gens beaux et talentueux ». Parce que la Grande Marie n’était pas une jalouse mais une fidèle amie qui se félicitait de les connaître ces « gens beaux et talentueux ». Et elle emmerdait profond les cons. Elle avait le nez pour sentir les choses. Et les mots, simples, pour le dire. Elle t’aurait envoyé un joli et long message pour t’écrire combien ton livre lui avait fait du bien. Elle aurait raconté sa musique. Son humanité. Et sa langue, belle, sans fards, sucrée. Elle et toi, le même jardin. Pas un jardin à la française. Un espace foutraque, sans clôtures, avec des herbes folles, des talus, des petites bêtes et des boutons d’or.
Elle aurait refermé le livre en pensant à ta mère. Aux bananes congolaises. A la tarte au citron. Au thé à la menthe. Au vieux qui servait le thé à la menthe. Aux beignets sucrés-sablés. Au prochain festival du film de Douarnenez. Et à ton maillot de bain en crochet qu’elle imaginait sans difficulté puisqu’elle aurait très bien pu en être l’artisan. Le soir, elle aurait pesté (encore) contre le noisetier qui ne l’avait pas entièrement protégée du soleil. Entre deux applications de beurre de karité « maison » (conditionné dans un bocal de terrine de foie de morue) sur ses avant-bras rougis, elle aurait invité tous ses « amis » Facebook à courir « chez un libraire indépendant » acheter Absence Injustifiée, le magnifique recueil de nouvelles de Caroline Troin. Et elle aurait ajouté : « Gégé, mon cochon, t’es un homme chanceux ! »

Laëtitia Gaudin
(ou Saint Agnès pour ceux qui préfèrent)

Alliance régionaliste
Vive la Bretagne hideuse et répugnante !

Ça y est, il a réussi son coup, le Troadec ! Régionalistes de tous bords unissez-vous ! qu’il criait depuis des mois. Comme tous ces gens le connaissent fort bien et qu’ils savent que ça ne sent pas toujours très bon du côté de Carhaix, certains résistaient encore à la tentation. Mais voilà. C’est fait. L’UDB, parti régionaliste de gauche, allié traditionnel du PS et des Verts, a dit oui et va donc se retrouver dans la même charrette que les libéraux du minuscule Parti Breton, que le parti de Troadec et que quelques groupuscules breizous, pour les prochaines élections régionales. Pour des élections régionales, me direz-vous, il est assez normal d’être régionaliste. Ils disent tous qu’ils le sont, d’ailleurs, au PS comme à l’UMP (désolé mais Les Républicains, ça m’arrache la gueule). Alors voilà, les élus socialos (c’est bizarre aussi, comme nom, parce qu’on sait bien qu’ils ne le sont pas, socialos) avaient promis le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne et il a suffit d’une consigne venant de la direction de leur parti pour qu’ils changent d’avis. Une décision qui a ouvert la porte à Troadec et à cette future alliance régionaliste.

La politique est un univers impitoyable et irrémédiablement tordu. Les électeurs ne sont plus qu’une sorte de cheptel qu’on essaie de piquer au voisin pour le vendre au prochain marché au cadran électoral.

Les pauvres hères qui s’allient aujourd’hui à Troadec le font-ils en désespoir de cause ? Ont-ils réfléchi à quoi ils acceptent de s’inféoder ? Ont-ils déjà oublié comment le maire de Carhaix les a enculés à sec lors de précédentes alliances ?

Troadec, avec son ami Merret de la FNSEA, c’est les bonnets rouges, cette odieuse manipulation qui a permis de prendre en otage des employés de l’agroalimentaire désemparés pour donner une nouvelle légitimité à leurs employeurs, gros pollueurs, premiers responsables de leurs malheurs et profiteurs du modèle agricole breton.

Troadec, c’est l’usine chinoise de lait en poudre aux yeux, en construction à Carhaix, symbole de la disparition de l’agriculture familiale en Bretagne, grâce à un prix du lait bientôt décidé à Pékin, et aux fermes géantes que cela implique. Le triomphe éphémère de l’agro-industrie polluante et dégradante, avant le désastre.

Troadec, c’est la manipulation, la récupération et la communication tous azimuts. Bientôt candidat à la présidentielle, il a réussi à faire croire à la France entière qu’il a sauvé l’hôpital de Carhaix, alors que celui-ci s’en est sorti grâce à une fusion avec Brest, fusion à laquelle il s’était toujours opposé.

Troadec, chef de file régionaliste aux élections régionales avec le soutien de quelques politiciens en errance, c’est un Le Fur rhabillé aux couleurs d’une prétendue gauche, au sein de laquelle il sera le meilleur allié de l’agro-industrie.

Quelle différence y a-t-il entre cette Bretagne-là et celle de Le Fur ? Une Bretagne encore pire que celle de Le Drian, pourtant grand ami des productivistes et de l’Institut de Locarn. Pour le second tour, après tout, vous pourrez faire alliance avec les uns comme avec les autres. Au lieu de représenter une alternative, un autre modèle, vous serez une force d’appoint au modèle dominant.

Si c’est cette Bretagne que vous voulez, à l’UDB, je vous la laisse. Elle est répugnante, hideuse et sans avenir. Pour enfoncer le clou, je me permets de vous faire remarquer ce paradoxe assez cruel : en ayant évité l’union avec la Bretagne, les habitants de Loire-Atlantique peuvent se frotter les mains, car ils ont ainsi échappé à Troadec et au modèle breton.

Saint Zano

Les courses hippiques de Carhaix

Parmi toutes les délégations étrangères présentes aux dernières courses hippiques de Carhaix, c’est celle de la Corée du Nord qui a fait la plus forte impression. L’hippodrome de Pénalan est devenu depuis quelques années le Chantilly Breton et on pouvait reconnaître dans les tribunes de nombreuses célébrités. Emmanuel Todd nommé récemment grand mufti de Plounévézel était présent avec sa cinquième épouse Zaza ainsi qu’Adolphe Le Fur le charismatique aumônier des bonnets rouges entouré lui de ses enfants de chœur favoris. L’émir du Boukistan avait fait également le déplacement pour encourager son écurie de course. Sa fameuse jument  »Etoile du Bezen » a d’ailleurs facilement gagné le prix Taldir Jaffrenou.
Dans l’espace VIP on discute contrats entre puissances émergentes. « On n’a pas de pétrole mais on a du cochon ! » lance à son voisin biélorusse le député Le Fur. Mais soudain un frisson parcourt la foule. Le président Troadec, accompagné par le bagad de Pyongyang, vient d’entonner le Bro Goz. Les hommes remontent leur bragoù et les femmes rajustent leur coiffe. La fière nation Bretonne si longtemps humiliée relève la tête.  »La voilà la blanche hermine vive le Moet et Chandon ! »

Captain Krampouz

Eloge de l’invasion

J’étouffe ! Non pas que je sois victime moi-même d’une oppression insupportable, ou enfermé dans un cul de basse fosse. J’étouffe sous la camisole des pensées obscures. Je ne regarde pas la télé, je lis des journaux modérés, je ne suis pas paranoïaque, je peux circuler comme je veux (lorsque j’en ai les moyens), je ne suis ni noir, ni arabe. Pourtant, j’étouffe. Même quand je ferme toutes les écoutilles, des cris traversent les murs, remontent des abysses. Les cris de ceux qui étouffent. Les cris de ceux qui fuient. Les cris de ceux qui se noient. Et j’ai beau me boucher les oreilles, j’entends aussi les paroles qui tentent de couvrir les cris, les paroles qui tuent. Comme celles du monstre Cameron, l’odieux rosbif saignant qui ne veut même pas entendre parler d’accueillir quelques centaines de rescapés dans son île et met dans la balance une sortie possible de son pays de l’Europe. Et alors ? Ciao mec ! Bye bye ! Casse-toi connard ! Tu peux garder ton tea time, ta City, tes beans juste pour toi, et brailler God fuck the queen avec tes potes. Bon débarras !

En France, l’étouffoir est à l’œuvre, aussi crûment. On n’y parle que de la montée du FN, en inversant le symptôme et la cause. Car ce n’est pas le thermomètre qui provoque la fièvre. Si le FN monte, c’est parce que beaucoup de Français se retrouvent dans ses idées. Il en a rien à péter, le Françaoui, des noyés en Méditerranée, du colonialisme et du néocolonialisme, de l’esclavage et du pillage des matières premières. Sans parler de la liberté d’expression. Laissez-moi rire ! Même la laïcité est devenue synonyme d’oppression des minorités, alors qu’elle devrait permettre de les défendre. Et quand Emmanuel Todd dénonce la vague nationaliste et xénophobe qui transpire derrière Je suis Charlie, c’est toute l’élite intellectuelle et politique qui lui tombe dessus, le traitant de traitre et de blasphémateur de la République. Quand Valaud-Belkacem annonce sa réforme du collège, c’est la clique des défenseurs de la prétendue « identité nationale » qui se met en branle. Les Lang, Gallo, Finkielkraut, peu leur importe que la réforme soit bonne ou mauvaise, et qu’elle ait été décidée pour faire face à un échec scolaire massif. Ce n’est pas de cela qu’on discute, mais des dangers qui pèsent sur les langues mortes, donc sur les racines gréco-latines de la France ! Que la langue française soit apparentée en grande partie au grec et au latin, on ne peut le nier, mais qu’une fois de plus l’élite intellectuelle du pays confonde l’identité de la langue et celle du pays, la langue et la nation, montre bien que le mal est partout, le mal identitaire, le mal nationaliste, le mal unificateur, le mal ethnocentriste, le mal jacobin, le mal blanc. Il n’a pas attendu la montée du Front National pour exister. Il est constitutif de la République et de ses « valeurs ». Et c’est bien ce mal qui m’étouffe. Comme c’est ce mal qui noie les migrants à nos portes. Le mal national. Les Belkacem, famille modeste du Rif, ne sont ni Grecs, ni Latins. Pour la plupart des Français, la ministre qui en descend n’est pas tout à fait française. On n’en sort pas.

Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils l’accès aux fuyards ? En dépit de tout. Et même en dépit de l’avis de leurs amis chefs d’entreprise, plutôt contents de voir arriver une main d’œuvre jeune et motivée, dans leurs pays vieillissants. En dépit des solutions possibles, que tout le monde connaît : visas temporaires renouvelables, achats de visas aux Etats pour assécher le trafic des passeurs, et même ouverture totale et régularisation, qui ne provoqueraient pas, d’après les études, d’immigration massive, mais rapporteraient économiquement, au lieu d’une surveillance et d’une rétention fort coûteuses. Mais non, il n’en est pas question, même au nom d’un juste droit à la réparation, même au nom du droit à la vie. Car il semble plus important de protéger de prétendues « identités nationales ». C’est donc bien une affaire de racisme et de xénophobie. Pas seulement de démagogie. Une conviction profondément ancrée qui appartient à l’élite tout autant qu’au peuple. Pour l’éradiquer, il n’y a pas d’autre solution que de porter le fer sur la plaie. Ouvrir les frontières. Appeler à l’invasion. Une invasion positive parce que voulue. Invasion des hommes et des langages, accueillis à bras ouverts, en libérateurs. Une invasion qui ouvre la langue à toutes les influences. Mais franchement, faire avaler leurs sabres aux académiciens est un dégât collatéral qui ne fera pleurer personne. Quant à la mise à sac de l’Ena, elle sera notre nouvelle prise de la Bastille !

Gérard Alle

Bretagne nous te fuirons !

Les gens ont commencé à se poser des questions le jour où la tour a atteint 500 mètres de haut. Un vieux Carhaisien s’est souvenu qu’au début les Chinois prévoyaient d’en faire une usine pour produire de la poudre de lait infantile. Mais beaucoup de sang a coulé sous les ponts de Bagdad depuis le début des travaux. Et le président Troadec n’a-t-il pas été élu pour la deuxième fois en battant Marion Le Pen avec 92 % des suffrages exprimés… Il fait ce qu’il veut ! Il a bien fait construire un métro pour rejoindre son palais d’été de l’Ile Longue où l’attend tous les soirs son grand vizir, langoureusement allongé prés d’une auge en granit qu’on remplit en permanence de Coreff fraîche « Sacré Grall ».

L’autre jour « Sacré Grall » a eu des visions et a commencé à délirer. Dans ce cas on fait vite venir en métro un vieux scribe de « l’office de la langue bretonne » car lui seul peut traduire le sabir surunifié du vizir.

« Les Bretons ne sont pas venus de Cornouailles ni du Pays de Galles, ils viennent de Véga. »

Encore plus fort qu’Henri Guaino et l’homme africain pas assez rentré dans l’histoire.

Le président Troadec a aussitôt donné ses ordres en pointant son doigt sur un point brillant dans le ciel.

« Qu’on fasse hausser la tour de cinquante étages ! »

Et les ouvriers ont intérêt à s’exécuter fissa car les Bonnets Rouges veillent et le bagne d’Ouessant peut loger gratos les récalcitrants.

Alors n’hésitons pas et devant une réussite aussi éclatante crions tous en chœur :

« Vive le président Troadec !!! »

Captain Krampouz

Pierre Duclos…

Ce petit dessin « d’époque » de mon vieux pote Nono, en souvenir du Canard de Nantes à Brest et de son créateur Pierre Duclos, disparu dans la nuit de vendredi à samedi dernier… Pierre était l’exemple même du journalisme refusant de se coucher, et ce journal jubilatoire, un véritable bouillon de culture anti conformiste…

Alain Goutal

a nono canard DS

Un duo de champions

Je viens de piger « quelque chose » et ce « quelque chose » va singulièrement reposer mon cerveau tourmenté. Depuis quelques années, j’essaie de comprendre ce qui, à mes yeux, n’a jamais été rationnel. Pourquoi le maire de Carhaix est-il aussi populaire ? J’ai rapidement écarté de la liste des raisons plausibles, le « fantasme ». Christian Troadec ne fait pas rêver, même pendant les Vieilles Charrues, dans les rues de Carhaix, sur son engin à deux roues, avec son bermuda et son casque de scooter vissé sur la tête. Ce n’est pas la faconde non plus qui l’étouffe. Christian Troadec, on n’a pas envie de rester trois plombes l’écouter. Mieux vaut encore tailler une bavette à la buvette; il y a plus de chance d’obtenir quelque chose d’un verre de Coreff que d’une logorrhée officielle dont la seule vertu est de donner un peu de réconfort à celles et ceux qui ont perdu l’ouïe. Depuis toutes ces années, si le maire de Carhaix avait un programme, ça se saurait. Loin devant les socialistes et les nouveaux « Républicains », il est celui qui a le moins tenu ses promesses de campagne. Il n’est pas non plus l’homme providentiel. S’il est l’homme à la catapulte, il est aussi, l’homme aux casseroles (grève des intermittents du spectacle en 2004, l’hôpital de Carhaix, etc.) et aux girouettes (UDB, Royaliste, Vert, Modem, etc.).

C’est quoi alors son truc ? Christian Troadec fait marrer à peu près tout le monde sauf François Pinault et les quelques électeurs qui ne votent pas pour lui. Ce matin, il a obtenu sa première signature d’élu dans la course à la présidentielle 2017 (lire l’info). Le petit rigolo se nomme Paul Mumbach, il est le maire roux, mais sans étiquette (deux étiquettes, ça commence à faire beaucoup), de Dannemarie, en Alsace et a appelé, en début d’année, au boycott des élections régionales pour protester contre la fusion des régions Alsace-Lorraine et Champagne-Ardenne. Un génie de la politique, donc, dans la droite ligne de son nouveau camarade de jeu. Le duo de champions, me souffle-t-on, posera « la pierre angulaire d’une campagne commune à la prochaine fête de la bière d’Eglingen (à moins de 7 Km de Dannemarie) ».

Sainte Agnès

Dur d’oreille

C’est la consternation à l’EHPAD « Kan an dour ». Auguste Chélin dit « Gus » est au plus mal depuis hier. Vous me direz que 86 ans c’est un joli score et qu’ici comme ailleurs il faut faire place aux jeunes. Il n’empêche, ça fiche un sacré choc surtout aux aides soignantes qui le connaissent et qui apprécient sa conversation et son humour. Auguste est la mascotte de l’EHPAD, tout le personnel est aux petits soins pour lui. Il est de nature enjouée et a toujours une histoire à raconter.
Mais ce soir on passe devant sa chambre en faisant « chut » car il ne faut pas troubler le repos du mourant. Même sa petite radio toujours allumée est en berne. Auguste a passé toute sa vie dans le vacarme des tracteurs dont il réparait les entrailles avant de les refaire vrombir. Il aimait le son du diesel et l’ambiance bruyante des ateliers.
Ce silence n’est pas de bonne augure.
C’est bien ce que se dit le docteur Lallinec en poussant la porte d’Auguste. Mais après un rapide examen de l’agonisant, il faut bien se rendre à l’évidence, son heure n’est pas encore venue.

- Alors Auguste qu’est ce qui ne va pas ?
- Je veux mourir
- Mais vous êtes en pleine forme, pourquoi voulez-vous mourir ?
- A cause de la radio !
- Et qu’est ce qu’ils ont bien pu encore raconter dans cette fichue radio Auguste ?
- Ils ont dit que chaque malade en fin de vie aurait le droit à une fellation profonde et continue…

Captain Krampouz

Grève au bar des Ondes

Franchement, elle vous dérange, vous, la grève à Radio-France ?

France-Inter, France-Info, France-Bleue (France-Bleue !!!), France-Culture, France-Musique… et FIP, et Mouv’ (notez bien l’apostrophe branchissime)…

Remplacez le mot « France » par les mots « USA », « Paris », ou « Pub », vous aurez à peu près l’état de ce que Radio-France (« France ! ») diffuse, en temps normal ou en temps de grève. De la musique étatzunienne et parisienne en majorité… Leur parlez pas de musique bretonne, ou « provinciale » (notez les guillemets, prenez des pincettes), ni de musique d’ailleurs dans le  tiers-monde (« world music », qu’ils appellent ça, en bon parisien dans le texte), à moins qu’elle soit produite à Paris, 75, ou dans le 9.3, avec des gourmettes. Ni d’Outremer (« Dom-Tom », qu’on dit, pauv’naze). Et surtout pas de « chanson française », wouarrrgueul hêêêêrk, passe-moi la cuvette.

Et me parlez pas d’info, ni de journalisme (Pascale Clarke, officiellement « intermittente »… ça vous parle, ça ? Elle doit pas trop crever la dalle, la dame qui sait tout, comme pas mal d’artistes de par ici que je connais, obligés d’aller vendre du shit à la sortie des Vieilles Charrues pour s’en sortir). Journalisme mon cul ! Si c’est pour rapporter les mêmes conneries, le même nombre d’approximations, de « voilàààà » et de « vous savez quoi ? » que sur les radios privées, on pourrait largement économiser là-dessus, ça nous ferait moins mal au cul au moment de signer nos déclarations d’impôts. C’est marrant, ça, quand il s’agit de payer la taxe, ils les oublient pas, les « provinces ».

Vous voulez mon avis ? Grève ou pas, laissez-la éteinte, votre Radio-France. Faisez-la vous-même avec deux pots de yaourts et une ficelle, vous mourrirez moins cons.

Caporal Butun