Les filles d’Ariane, fragment 29

La bague, Mali…
La description d’une bague de fiançailles m’avait été faite au cours d’un récit… Vaguement… La semaine suivante, par hasard dans le train vers Paris, je retrouve un ami de Plésidy, amoureux du Mali, à qui je raconte l’atelier passionnant, l’ambiance chaleureuse, et certaines approximations descriptives, comme l’histoire de la bague… Un sourire, et il détache de son auriculaire cette bague malienne, que je croque aussitôt. Arrivé à l’atelier des Mureaux je montre le croquis… Fatimata n’en revenait pas, c’était « sa » bague !

Alain Goutal

Les filles d’Ariane, fragment 26

Barques, matière… Martinique

Pôlel en resta bouche bée. Comment cet homme savait-il tant de choses sur sa vie ? « Ton ami Ali Faquih, le jeune homme que tu as recueilli dans le bateau qui te menait ici, travaille maintenant pour moi. Il m’a tout raconté ; il m’a parlé avec des mots justes de la destinée terrible des filles d’Orient et d’Afrique »

 Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005 

Les filles d’Ariane, fragment 25

Mosaïques, matière…

 

Que le destin est cruel ! Il le sera jusqu’à la fin de cette histoire. Il ne cessera d’en tisser les fils sanglants jusqu’à ce que tous les nœuds de l’écheveau soient noués et dénoués.
La vie est un labyrinthe. Qu’ils soient Minotaure ou Thésée, les hommes finissent par trahir leur parole. Ou les femmes se laissent sacrifier sur l’autel des appétits du taureau, ou, Arianes tragiques, elles tressent fil à fil leurs cheveux et leurs douleurs en un fil qui conduit l’homme de l’ombre à la lumière. 

 

Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005 

 

Les filles d’Ariane, fragment 24

Tapis d’influence iranienne, matière… Maroc

 

Le sol des salons fut recouvert de tapis tissés main à Rabat-Salé, à Marmoucha, à Chichaona et Azrou. Deux orchestres avaient été engagés, les Doigts d’Or pour la musique moderne, et l’Andalousie Claissique pour une musique plus raffinée, des airs inspirés des compositions de Zéviad l’Irakien (le luthier qui avait introduit la musique arabe en Andalousie en ouvrant le premier institut de musique et de danse)

Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005

Les filles d’Ariane, fragment 23

Mosaïques, matières… Maroc.

lmmenses salons, tapis somptueux, fauteuils magnifiques, rideaux de satin. Seigneur, que l’intérieur était beau !
Pôlel se serait crue dans les contes de Bajjo. Des poissons bizarres dansaient dans des aquariums qui reflétaient les lueurs tamisées des lustres de diamants.
Elle était bouche bée d’admiration quand Betty entra. « Bonjour, Pôlel, ferme la bouche et assieds-toi  ! »
 
Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005

Les filles d’Ariane, fragment 22

11 Ariane porteusepain Goutal

La petite porteuse de pain… Maroc

 

La porte claqua. Les clés grincèrent dans l’énorme serrure. Le temps retourna au silence et aux souvenirs. Pôlel se revit enfant se baignant à demi nue dans le fleuve, flottant comme un arbre mort sur l’eau boueuse, les yeux levés vers un ciel plein de nuages qui refusaient de crever. Elle entendait Amy crier et rire. Leurs voix s’élançaient à l’assaut des rêves quand là-haut l’aigle de fer apparaissait : “Abiong, abiong, emporte nous avec toi !”

Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005

Les filles d’Ariane, fragment 21

Épousailles, matière… Maroc

Alain Goutal

Une belle dame était assise avec son enfant devant la porte des voisins et tout le quartier s’était attroupé pour la regarder. C’était la première fois qu’ils voyaient une Française dans le quartier. C’était la première fois qu’ils voyaient une femme jouer dehors avec son enfant. Elle riait avec le garçonnet. Elle lui parlait, le touchait, le caressait, le câlinait. L’enfant jouait au ballon. Elle prenait la balle, la renvoyait, la rattrapait. Il la perdait, elle courait après. Elle riait et parlait, parlait et riait en français.  Le quartier ne bougeait plus autour d’eux. Le temps non plus. Le monde s’était arrêté autour d’eux. Ici, on ne faisait pas ça, on ne faisait pas ça devant tout le monde. Ici, les mères jouaient avec leurs enfants dans la maison, à l’abri des regards. Ici, la tendresse se cachait à l’intérieur. La Française couvait tellement son enfant. C’était rare de couver ainsi un enfant. Gênée par les regards et les chuchotements, elle finit par se lever et rentrer. Le quartier se remit à vivre, le temps se remit à passer très vite, le monde à tourner. Les femmes rentrèrent chez elles. Chacun et chacune avaient un rayon de soleil au coin des paupières. 
 
Les Filles d’Ariane, Poolel Jeeri,
de Ricardo Montserrat, Alain Goutal et Babel.

Editions l’œil d’or, mars 2005