Dieu, l’alcool et la CIA

Deux chercheurs de l’université de Los Angeles, les professeurs Yunfeng Lu et Cheng Li, ont combiné deux enzymes qui interagissent entre elles et accélèrent la dégradation naturelle de l’alcool dans le corps. Ils ont injecté la potion magique à des souris complètement bourrées, et il paraît que les bestioles ont arrêté illico de raconter des conneries, de rire bêtement et de tituber en poussant des grognements incompréhensibles. De plus, les souris se sont réveillées le lendemain fraîches comme des végétariennes abstinentes avant un jogging. Aussitôt publiés, les travaux ont été salués par les plus grands pochetrons américains comme un immense espoir pour l’humanité. En revanche, Claude Evin et le professeur Got, éternels chevaliers servants de la morale anti-dionysiaque, ont fait part de leur inquiétude. Si l’homme et la femme pouvaient se saouler et fumer du shit sans être punis par la gueule de bois, la cirrhose du foie, le cancer du poumon, la malédiction divine et la suspension du permis de conduire, où irait l’humanité, je vous le demande ?Rassurez-vous, braves gens, l’adaptation du remède à l’homme ne semble pas être pour demain, car il y a un souci : son administration à un alcoolique chronique pourrait causer à son cerveau des séquelles irrémédiables.

Dans le même ordre d’idée, le journal Actuel relatait dans les années 1970 la découverte par des chercheurs de l’armée américaine d’équivalents à toutes les drogues existantes, provoquant les mêmes effets, tout en éliminant les effets secondaires. Recherches restées top secret. C’est un mystère qui m’a toujours intrigué : pourquoi tout ce qui est bon fait du mal ? Est-ce une malédiction voulue par Dieu ou un complot de la CIA ?

A propos d’alcoolisme, ce sketch qui circule sur internet, signé Grégoire Ludig et David Marsais, deux pseudo-comiques qui jouent au Président de la République : « Je proclame la Bretagne libre ! » s’écrie l’un d’entre eux, ajoutant : « Je pense que nous résoudrons ainsi une bonne partie de nos problèmes d’alcoolisme. » Un individu hurle de joie dans le public : « Ouais ! » Et le comique de le pointer du doigt : « Douarnenez ? » Et dire que ça fait marrer la France entière…
Gérard Alle

Les poètes du dimanche

Alors, c’est Krampousse qu’a commencé, subitement inspiré par une demi-bouteille d’absinthe frelatée :

Voici le bon conseil du capitaine Krampouz :

Telle la fille de joie usée par trop de turf
Toi le brave internaute lassé par trop de surf
Aspirant au repos tu veux coincer la bulle
Une seule solution viens donc voir Dilhad Sul.

Goutal lui emboîte le pas :

Quel beau conseil cap’tain Krampouz
Derrière le vieux sage un peu chafouin
Sommeille en toi le malicieux frilouz
Mastiquant la paille, exhalant le foin.

Une cinquième ligne ? N’abusons point.

Nénesse embraye au quart de tour, finissant la bouteille mais pas son quintil :

Mais pour bien commencer l’année,
Et si vous voulez qu’elle soit bonne,
Moi j’ai qu’un conseil à donner :
N’écoutez pas ceux qu’on vous donne.

Puis, distouvant une deuxième boutanche, c’est au tour de JK :

A Dilhad sul aussi nous péripatétitons
Car le lecteur avide en veut pour son pognon
A nous lire il se pâme autant qu’un gros dindon
Surtout quand c’est gratuit, donc encore plus vicieux
A la cinquième vitesse pour s’envoyer aux cieux.

Sainte-Agnès en remet une couche (elle boit du thé) :

En deux coups de cuillère à pot, on tartine notre miel
Sur les seins galbés des femmes de Cabanel
En ces premiers jours de vœux pieux
La bouche ouverte, au coin du feu
Ceusses qui nous lisent se cachent les yeux.

Et Joris, le cadet de la bande, met tout le monde d’accord.
Il peut pas boire, lui, il est tombé dedans quand il était petit :

Toutes ces manières sont bien vieillottes
Et ces conseils un peu douteux
Retournez mangez vos compotes
Vieux éditorialistes gâteux.

La Grande Marie, trop occupée à concocter, s’est fait aider par l’ami Alain :

Coincée entre le pinceau et l’enclume
Du matin au soir et des vêpres à matines
Du four au jardin, je mouline, je parfume
J’élixire, j’emplâtre, j’absinthe, je butine.

Me démenant à concocter moult breuvages
Rafistolant la cervelle et la couenne marries
De ces scribouillards à la plume sauvage
Sans vergogne ni cœur pour leur Grande Marie.

Poivrot du Kreiz Breizhkistan

Tonton était retraité de la RATP. Avant de partir gagner sa vie à Paname, il écumait les baluches du Kreiz Breizh. Mais il chiquait. Il m’a raconté que les filles n’aimaient pas trop ça. Alors, pour cacher l’odeur de la chique, avant d’aller au bal, il croquait une gousse d’ail !

Retraité très tôt, retiré du côté de Scaër, il a tenu trente ans au pays, dont dix en buvant trois litres d’étoilé par jour et en ne mangeant qu’une soupe de vermicelle au potage Maggi que lui confectionnait ma grand-mère, chaque soir à sept heures pétantes. Pourtant il paraît que Maggi c’est du poison : y a du glutamate tant que tant, dedans.

Les derniers temps, quand même, tonton, il s’oubliait parfois et rentrait des chiottes qu’étaient au fond du jardin, avec du PQ qui dépassait du pantalon.

Diraison

 

Rotation de la terre…

Certains d’entre vous ont connu Lanig Kervarec, qui avait ouvert le magasin bio de Carhaix. Il nous manque beaucoup, aujourd’hui, avec son humour, sa tendresse et son accent bien de chez nous.

A Wijk en Zee, Pays Bas, au bord de la mer du Nord, où j’avais entraîné une délégation de Mellionnec, lors de la première édition de Villages d’Europe, je l’ai trouvé après la fête de clôture, dans la brume, à 4 heures du mat, accroché à un réverbère. On dormait tous chez l’habitant. Je lui ai demandé :
- Lanig, tu as perdu ta maison ou quoi ?
Et il m’a répondu aussi sec :
- Si la terre tourne, ma maison, elle finira bien par passer.

Gérard Alle

Dom Billig

Le Dom Fulgence ne m’a jamais réussi tôt le matin mais là on n’avait pas pu y couper. En partance pour un chantier le beauf avait déclaré : »on va s’arrèter prendre des crêpes chez TOUM ». On aurait aussi bien pu le faire au retour mais il tenait à me montrer le fauve à l’ouvrage. La bête officiait dans un ancien bistrot à l’écart du bourg, la salle principale transformée en mini-usine à crêpes. Quand nous sommes entrés il terminait sa nuit de boulot. Les néons éclairaient les billigs comme dans une salle d’opération. J’ai commencé à les compter. « Y’en a dix » a dit le beauf. Dix billigs alignées côte à côte avec dessus des crêpes en divers état de cuisson et TOUM qui courait comme un possédé versant la pâte retournant et empilant dans un spint infernal.

D’habitude quand on veut passer au stade semi-industriel de la fabrication on achète un « manège Balp ». Le crêpier reste fixe et les billigs tournent et passent devant lui. TOUM qui avait toujours été un adepte de l’exploit féroce voyait les choses autrement. Quand il avait un peu de sous d’avance il achetait une nouvelle billig. L’accumulation primitive du capital se passait ainsi du banquier qu’il aurait fallu solliciter pour acquérir le fameux manège.

Evidemment l’usage simultané de dix billigs par un seul homme n’est pas sans inconvénient mais l’apprentissage avait été progressif et Toum maîtrisait son art à la perfection.

Les feux se sont arrêtés l’un après l’autre et on a eu le droit au fameux Dom Fulgence. Pas question de refuser. Ce velours absorbé de bon matin a commencé lâchement à me retourner les boyaux. « Mange une petite crêpe » a fait le beauf en voyant ma tête. Je ne me suis pas fait prier.

Captain Krampouz

Chiottes bouchées

À propos de chiottes bouchées… Y avait un gars des carrières, au Légué. Une fois le patron de je sais plus quel bar de Saint-Brieuc, comme il avait sa dose, a refusé de lui en remettre un petit dernier pour la route. Le samedi soir suivant (le bar était fermé le dimanche), il est revenu, avec un sac sur le dos, et il n’a bu que des Vittel-menthe jusqu’à la fermeture. Avant de partir, il est allé pisser. Quand le patron a rouvert sa taule, le lundi matin, les chiottes étaient bouchées : ciment à prise rapide dans la lunette et la chasse d’eau.

Saint Nénesse

La bière de là-bas…

Ça me rappelle, à T., en Souabie, où j’ai été une semaine avec l’orchestre municipalique de G.(22). Là-bas, ils ont leur brasserie, dans chaque burg, t’imagines pas… le paradis.
Tous les soirs, aubade sur la place, à 18h, tout le village sur la place, sourire aux lèvres. Le bürgermeister, pas bégueule comme ceux d’ici, tenait la grosse caisse. Tous les soirs de la semaine, les mêmes sourires. Ensuite, chacun mange chez soi, et après, ils se retrouvent tous à l’auberge, pour lonker deux ou trois chopes de bière. Un litre, la chope.
Le samedi, ou n’importe quel jour de fête, le rythme change : une chope, un verre de schnaps, une chope, un verre de schnaps, une chope, un verre de schnaps, und so weiter…
Ce samedi-là, trop de sourires, trop d’émotion, je sors de l’auberge, faire un tour, prendre un peu l’air teuton. Et je tombe sur le bürgermeister, en train de dihouguer et de gerber tout ce qu’il pouvait dans les bégonias municipaux.
« Je supporte plus la bière d’ici », qu’il me dit.

M.

Phénomène Philomène

Pour la plaisir, cette histoire entendue chez une dame de Plouguernével assez entamée, chez qui j’allais chercher du cidre pour faire mon chouchenn.

« Oh, je t’ai pas raconté ce qui est arrivé à Philomène, ma voisine…

Soixante douze ans, tu te rends compte ? Le problème, c’est qu’elle fait tout le temps des conneries et comme son mari, y a pas moyen, avec lui… Mais c’est que Philomène, elle ose pas m’appeler non plus parce qu’elle dit que je dis qu’elle boit. Sûr que je dis qu’elle boit. Mais si je dis qu’elle boit c’est parce qu’elle boit, c’est tout. La dernière pire qu’elle a faite : elle était à boire avec d’autres femmes qui boivent aussi.
Des copines, quoi. Je sais pas quelle idée lui a pris. Au moment d’aller se coucher, complètement bourrée, elle a rempli sa bouillotte avec l’eau bouillante pour le grog, si tu veux, et la bouillotte, j’sais pas comment elle a fait son compte, elle a éclaté sous son cul et elle a brûlé tout son derrière et des endroits au troisième degré.

Faut dire, elle fait bien ses quatre-vingt-dix kilos, aussi. Comme elle avait bu trois grands bols de café, ben il a fallu trois ou quatre piqûres pour l’endormir. Ca, c’est elle qui dit. Elle se débattait, mon vieux : J’irai pas à l’hôpital, j’irai pas à l’hôpital ! Avec les bras en l’air, comme ça… Son mari, je l’ai vu le lendemain, et j’lui ai demandé  : Tu vas pas voir ta femme à l’hôpital, Jean-Louis, quand même ? Et lui, il m’a répondu : Ça sert à quoi que j’aille la voir puisque son derrière est brûlé ? De toute façon, Jean-Louis c’est pas trop ça non plus, il arrête pas de cracher. Et c’est pas du sang qu’il crache, non non, c’est pire que ça, parce que c’est couleur chocolat. Celui-ci, il crache son foie, que c’est !  » Amis de la poésie…

Gérard Alle

Fontaine à eau

Un jour des Fêtes de Callac, à la fin des années soixante, mon pote Laurent Jourdren, tout môme, trouve Henri appuyé sur une fontaine à eau, en pleurs (à cette époque il y avait encore à Callac ces fontaines en fonte, verticales, avec une tête ronde sur laquelle il fallait appuyer pour qu’elle dégueule à grand flot son eau…).
Donc Henri était appuyé en pleurs sur la tête de la fontaine qui lui dégueulait son eau sur les pieds, le pantalon et la braguette largement ouverte… Henri Huitorel de Callac était donc totalement trempé.
Mon pote s’approche et lui demande :
- Bin Henri, qu’est-ce qui t’arrive, pourquoi tu pleures ?
- Oh Laurent, j’chuis malheureux, malheureux, tu peux pas savoir…
- Pourquoi don ?
- Oh Laurent… ça fait un quart d’heure que je pisse et ça veut pas s’arrêter, j’me vide complètement !!!

AG

Aux bourgeois le théâtre

Les premiers épisodes de Poivrots d’Arvor, c’est ici

Deux histoires que m’a racontées le grand Pierrick de Rostrenen, qui mettait toute nouvelle truelle à tremper dans l’urine de jument pendant une semaine avant de s’en servir (ma grand-mère qui était crêpière ne valait guère mieux : elle mettait sa nouvelle bilig dans le tas de fumier durant une semaine, « pour la traiter », et ensuite faisait cramer dessus des nombrils de Vénus).
Le grand Pierrick, donc, était le neveu de Madeleine Renaud. Invité au théâtre par sa tante, il s’installe dans un fauteuil confortable après une semaine de chantier. Évidemment, il s’endort. Évidemment, il ronfle. Evidemment, il est réveillé par son voisin. Évidemment, il se rendort. Évidemment, , il ronfle à nouveau. Si fort qu’une bonne partie du théâtre s’offusque. Il se réveille en sursaut, insulte tout le monde et sort. « Le théâtre, c’est vraiment chiant », m’a-t-il affirmé en concluant son histoire ; « j’y retournerai jamais, c’est bon pour les bourgeois, qui ne respectent même pas les ouvriers fatigués ».

Le grand Pierrick fait un chantier dans le Marais, à Paris (« chez les Juifs », m’a-t-il précisé). Et comme il n’arrive pas à se faire payer, il décide de s’adonner au sabotage. Chaque carreau de la salle de bains reçoit un haricot sec, intercalé entre le carreau et le mur.
Résultat le lendemain : au fur et à mesure que la colle sèche, les carreaux tombent. Quant au plafond du salon, il subit un autre traitement : le plâtre est mélangé à de la graine de millet. Résultat : une semaine plus tard, le plafond s’est transformé en gazon.

Diraison

 

La tonsure

Pourquoi y a tant d’alcoolos en Bretagne ? Certains prétendent que c’est à cause de 14-18 : pour se racheter, l’état français avait offert une licence de débit de boisson à toutes les veuves de guerre. Mais c’est pas vrai : c’est parce que, encore plus que l’alcool, on aime l’ivresse.
Second épisode de la longue série de ce qu’on a appelé les Poivrots d’Arvor. 

Ça se passe à M-C. Pioupiou, la soixantaine, retraité précoce de la SNCF, depuis qu’il est gamin, il se fait couper les tifs par Germain, autre figure locale. L’atelier tête à coiffer a pris ses quartiers dans le garage. Entre les fils de pêche et les hameçons, avec un éclairage au néon. Pioupiou est roux, a la peau laiteuse (l’adjectif aquanisée, ça existe ?) et est allergique au soleil. Hiver comme été, il porte la casquette : noire ou rouge, selon l’humeur syndicale, en coton ou en laine de mouton selon la saison ; un pull tricoté par sa mère chez qui il vit toujours ; la parka doublée et les bottes en caoutchouc. Pioupiou, on peut pas dire qu’il soit très à cheval sur l’hygiène corporelle. En 2003, l’année de la canicule, le Pioupiou, emmentouflé dans sa tenue de cosmonautes des ardoisières, il sentait pas la rose.

Le pauvre Germain est décédé. La bouteille de Ricard souffre de cette soudaine absence. Puis, à long terme, c’est la tignasse de Pioupiou qui en pâtit. Les herbes folles roussies par le soleil se sauvent de part et d’autre de la casquette. Armand, l’instituteur laïque, celui-là même qui enseigna l’alphabet à Glenmor – et à Pioupiou -, toujours propre sur lui, le prie : « Pioupoou, faut que tu fasses quelque chose. Prends rendez-vous chez le coiffeur. » Y a peu de temps, Prospère, le « Pââârisien d’Argenteuil » les a rejoints sur la tournée quotidienne des bistrots. Personne peut l’encadrer celui-là avec ses manières de cul-béni, mais il est toléré. Sur les tournées, il est toujours réglo. Soucieux d’avoir les bonnes grâces du « Professeur » Armand, Prospère, ce soir-là, décide de régler leur compte aux cheveux « stuff » de Pioupiou.

Le lendemain, Pioupiou porte toujours la casquette. En-deça, il est rasé à blanc. Armand s’emporte : « Mais t’es pas bien, il est allergique au soleil. Tu veux sa mort ? » Et Prospère de le rassurer : « On n’a pas tout coupé. » En effet. Pioupiou retire sa casquette. L’assemblée consultative du bistrot le découvre coiffé d’une tonsure-crinière rousse : Prospère, pour couper les tifs de Pioupiou, n’a pas retiré la calotte syndicale et l’a religieusement contournée…

Sainte-Agnès

Les prénoms et pseudos ont été modifiés

Voiturette récidiviste

1. Ça se passe à Saint-Servez, là même où, il y a une quinzaine d’années, fut commis, comme le titrait Ouest Torche, le fameux Délit de fuite à la voiturette.
Le mec, récidiviste de la picole, venait de perdre son permis, et  pensait, encore bourré, échapper à un contrôle de flics en accélérant dans sa voiturette. Après un moment de stupeur bien compréhensible, les  pandores se ressaisissent et lui filent le train. Ni une, ni deux, le fuyard tourne dans le premier chemin de terre qui se présente. Las, au bout de vingt mètres, ce dernier débouche dans un champ… labouré ! L’estafette des schmitts arrive derrière. Qu’à cela ne  tienne, le pékin enclenche la marche arrière et emboutit la maréchaussée sidérée. Le chauffard avait 75 balais, et les flics eurent beaucoup de mal à le maîtriser…

AG