Du jardin de 2ni

JonquillesIl fallait bien le fêter, même en retard, le printemps reste un sacre ! (oui, je sais, facile ….) Ce sera donc l’instant qui fera le moment, et l’éclat la lumière ! (plus dur, déjà…) La semaine sera donc vouée à la renaissance, au sacre et du coup, forcément, au printemps, des fois qu’il passe par là.

2ni

Pandémie

Ils sont formidables, on ne s’en lasse pas. Mais on doit sérieusement s’en agacer quand le frigo est vide et que seuls les remboursements Sofinco donnent la nausée le 5 du mois. Comme il y a un an, « c’est moins pire que prévu ». Faut-il commenter ? Non. Y a rien à faire, ils pigent pas. Ici et là, on lit : « putain, le FN, 18, 20, 22 % dans ma commune, ça donne envie de gerber. » Régurgiter ? Un luxe. Personnellement, ça me coupe davantage l’appétit. Jeûner ? Un luxe. J’essaie de comprendre. Dix millions de travailleurs pauvres qui vivent avec moins de 890 € par mois (890 € mensuels, on est d’accord, c’est pour les mieux lotis). Ceux-là ne représenteraient pas l’électorat Marine. Parce qu’ils ne vont plus aux urnes. Le droit de vote, un devoir. Celui de bouffer, une nécessité. Et comme l’un n’assure plus l’autre, alors, parfois, pour exprimer sa colère… Mais, une fois n’est pas coutume, mettons-les donc de côté et ne les rendons pas responsables de tous nos maux. Ils ont assez à faire avec les leurs.
Les autres, ceux qui vivent avec plus de 890 € par mois, les ouvriers, les métiers « sous-qualifiés », les services à domicile, les mères-pères-célibataires, (…) pour qui ont-ils voté ? Parait que la gauche ne leur parle plus (scoop : elle ne parle plus à personne, elle ment à tout le monde). Les chômeurs ? Il y a deux écoles. Les uns ne se risquent pas à voter FN, le maréchal Le Pen a prévu de couper fissa les alloc’ sitôt ses fesses posées sur le trône. Les autres se disent qu’un peu de protectionnisme (de révisionnisme et de négationnisme mais ils ne le savent pas encore) n’a jamais nuit à personne.  Les classes moyennes (= les fonctionnaires) croient encore, un peu, à la gauche… mais trouvent que, quand même, son pouvoir d’achat a du plomb dans les ailes. Un petit coup de règle sur les doigts, ça n’a jamais tué personnes, alors… Les Français plus avantagés (on les reconnait facilement, les beaux jours venus, ils sortent le barbecue Weber) ? Parfois, les socialos. Souvent Sarko, le dépositaires de leur « héritage ». Mais ils ont toujours cru aux vertus de la fessée. Au moins pour emmerder ces crevards de gauchistes. Alors, de temps en temps…
C’est vrai, l’épidémie est « moins pire que prévu ». La pandémie, elle, est bien là.

Sainte Agnès

PS : analyse aussi précise et cynique que peut l’être une commande à un institut de sondage.
PS » : 79 % d’opinion défavorable pour Zlatan, l’attaquant du PSG qui trouve que la « France est un pays de merde ».

Éclipse de cerveau

C’est un phénomène très rare. On l’observe seulement tous les 5000 ans et encore. Nous mesurons donc le grand honneur qui est le nôtre de pouvoir enfin nous esbaudir devant un si étrange et si beau spectacle qui ne se renouvellera pas de sitôt : une éclipse de cerveau.
À vrai dire, le cerveau de Jean-Luc Mélenchon intriguait les spécialistes depuis un moment déjà. Il avait déclaré sa flamme à la mission pacificatrice de la Chine au Tibet et son amour de la magnifique politique du président Assad en Syrie. Et quand on a accusé le pauvre Poutine d’avoir commandité l’assassinat de son principal opposant, le Robespierre  du front de gauche est monté au créneau. Vlad n’a rien à voir là-dedans, encore un complot.
Le parti communiste Français en confiant son destin électoral à ce brave Jean-Luc jouait gros, on a vu le résultat. On était à 5%, on disparait de la scène. Il y a vraiment des coups de pic à glace qui se perdent.
Et comme il faut boire la vodka frelatée jusqu’au méthanol, la proximité de Mélenchon avec Buisson éclate au grand jour. Le rouge et le brun. Ça va faire un grand tube.
Il flotte dans ce pays comme un désir sourd de dictature, de pogrom, de coups de trique sur la gueule.

Captain Krampouz

Faut-il demander l’asile politique à la Belgique ?

Sixième billet, suite et fin, des interrogations de Gérard Alle. 

Les « intellectuels » garants du dogme républicain, dans la lignée des Finkielkraut, Fourest et compagnie, se fendent maintenant d’une théorie censée combattre le prétendu complot de ceux qui voudraient « déconstruire l’Etat-Nation ». Je dois faire partie, à un titre ou un autre, de tous ces salauds « postmodernes », campés (sic) par leur pote, un certain Shmuel Trigano, auteur de La nouvelle idéologie dominante. Celui-ci, sociologue et philosophe ubuesque, prétend que c’est en fait ceux qu’on prend pour les dominés qui sont les véritables dominants. Voici donc sa liste des gens à combattre : critiques du côté obscur des Lumières, adeptes de la théorie du genre, favorables à la « fin des territoires », défenseurs des minorités et des différences (ce qui mènerait d’après lui à une exclusion mutuelle), tenants de la démocratie participative (donc ennemis naturels de la démocratie réelle), pourfendeurs de l’esclavage et de la colonisation, dénonciateurs des crimes et génocides des Etats-Nations, amoureux de l’altérité, culpabilisateurs de l’Occident, prêtres de l’écologie, cette nouvelle religion…

Bande de tarés, vous êtes prévenus : vous faites partie d’un attelage conduisant au chaos et au totalitarisme. Si en plus vous vous affichez contre la dissuasion nucléaire et dans l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, autant dire réfractaires au progrès, vous devez être éliminés de la surface de la Terre.

Les bras m’en tombent. La France ne changera donc jamais. Depuis le temps, je devrais le savoir. Maintenant, les plus fervents défenseurs de l’Etat-Nation accusent de totalitarisme ceux qui cherchent à faire évoluer le modèle moteur d’un XXème siècle qui fut – faut-il encore le rappeler ? – le plus sanguinaire de l’histoire de l’humanité. Cette crispation, ce refus de toute remise en question, cette parano semblent justifier la mise en place de cet Etat policier qui s’installe peu à peu. Avec l’agrément des citoyens que les médias aux ordres travaillent au trouillomètre. Ça pue !

Alors que faire ? Ceux qui ne supportent plus cette ambiance pourrie – y compris les juifs qui ne peuvent pas sacquer Netanyahou – pourraient demander asile à la Belgique, par exemple. Il paraît que des milliers de handicapés français, lassés eux aussi les discriminations dont ils sont victimes, notamment pour trouver un logement, l’ont déjà fait. Au moins, là-bas, personne ne se prend pour le nombril du monde…

Gérard  Alle 

Une ‘tite soupe

Voilà la recette d’une soupe veloutée châtaignes-andouille. Pas léger-léger, mais comme on dit au Québec, « ça fait sa job » !
Je frime totalement, car elle m’a valu le deuxième prix d’un concours de soupe associatif, amical et très sympathique ! J’ai gagné une bouteille de rouge. C’était cool ! Bon, ça tombe peut-être comme un cheveu sur… Ah bin non, merde, comme une soupe sur… Flûte ! Bref, j’avais envie de la partager avec vous. Un peu d’andouille dans ce monde de cochons où y’a des châtaignes qui se perdent !

Alice

 Velouté châtaignes-andouille (pas d’saison, mais très bon)

Pour environ 2 litres – 2 litres 1/2 de velouté:

- 1 oignon
- trois grosses boîtes de châtaignes cuites, soit environ heuuu… ça doit faire dans les 300-400 grammes la boîte… 1 kg, 1,2 kg ?
- 600 grammes d’andouille, au moins (Vire ou Guéméné, comme on veut: j’avais mis celle de Vire)
- 1/2 tablette de bouillon de légumes
- quelques brins et feuilles de céleri-branche (l’équivalent d’un quart de branche avec ses feuilles)
- itou de persil, trois-quatre brins avec leur tige (très goûteuse)
- de la crème d’avoine, mais on peut mettre de la crème liquide tout court aussi
- du zeste de combava râpé, une pincée ou deux
- 2 à 3 litres d’eau

Attention : ni sel ni poivre ! L’andouille se charge de tout !

1) Faites fondre l’oignon émincé dans un peu l’huile d’olive. Ajoutez 2 boîtes 1/2 de châtaignes et les 2/3 de l’andouille détaillée en cubes. Mélangez.

2) Mouillez avec environ 2 litres d’eau: l’ensemble doit être bien recouvert. Ajoutez la demie-tablette de bouillon, le persil et le céleri. Laissez mijoter tranquillou un quart d’heure-vingt minutes.

3) Au bout de ce temps, le céleri doit être tendre et les châtaignes se défaire très facilement. Retirez du feu, mixez le tout: la texture devient celle d’une purée un peu liquide. Rajoutez progressivement de l’eau jusqu’à obtenir la consistance « velouté » souhaitée, et mixez entre chaque ajout.

4) Ajoutez alors la crème d’avoine, 10 cl environ: l’avantage est qu’une crème végétale « tourne » moins facilement quand on réchauffe le plat (du moins, c’est mon opinion et je la partage). Mélangez bien. Rectifiez l’assaisonnement, comme on dit dans les bouquins: normalement, l’andouille sale et poivre suffisamment, mais on ne sait jamais…

5) Saupoudrez prudemment de zeste de combava râpé ou moulu (finfinfin), goûtez: mieux vaut pas assez que trop, surtout si vous faites la soupe la veille pour le lendemain. C’est fort, ce truc-là, et plus la soupe attendra, plus les arômes se développeront ! Si vous ne dégottez pas de combava frais, vous pouvez vous rabattre sur du sec -beaucoup moins bon, mais pas si mal. Sinon, testez le zeste de citron vert, beaucoup plus facile à trouver.

6) Enfin, ajoutez le reste de châtaignes que vous aurez préalablement brisées, ainsi que le reste d’andouille finement déchiqueté (voui, c’est sauvage, hein ?): cela apportera de la texture !

Pour le service, prévoyez de la bonne crème fraîche épaisse (type D’Issigny, miam-miam) et un peu de persil haché: une cuillerée de celle-ci et une pincée de celui-là égaieront votre assiette !

Si quelqu’un a une idée de vin pouvant se marier avec ce velouté, je suis toutouïe.

7) Post-Souptum : si l’idée d’ajouter du zeste d’agrume à votre velouté châtaigne-andouille vous effraie ou vous semble sacrilège, faites un essai dans un petit bol à part. Honnêtement, c’est une idée qui m’est venue comme ça, le jour où j’ai préparé ma soupe: ça n’était pas dans la recette originale. J’ai juste tenté un petit coup de poker, en somme !

Chanson pour endormir
les enfants sauvages

Ça se pêche où ça se chasse
Une baleine à moustache
Ça s’attrape par la queue
En lui crevant les yeux
Où en lui brisant l’échine
Comme une simple sardine

Et le gentil dauphin
Qui joue au sous-marin
Quand il va remonter
Faut-il le harponner
Où lui dire Flipper
Viens manger ton Kinder

Le grand cachalot
Qui rêve sur le dos
Il nous a bien fait rire
Mais comment le faire frire

C’est assez ça suffit
Ça commence à bien faire
Il est temps que ça se sache
Quel est l’art et la manière
De tuer cet animal
De piéger ce mammifère
Il faut sans attendre
Éclaircir ce mystère

 

Captain krampouz

Communautarisme français de souche

Cinquième billet de la réflexion de Gérard Alle autour de l’après « Charlie Hebdo »

Lors de l’examen de la loi sur la réforme territoriale, pour mettre la France en conformité avec les conventions internationales, le Sénat a adopté un amendement donnant aux collectivités territoriales le pouvoir de « garantir les droits culturels des citoyens », conjointement avec l’État. Or, cet amendement a ensuite été rejeté par les députés, au mépris des traités ratifiés par la France, qu’elle souhaite donc imposer aux autres pays sans se les imposer à elle-même. Rappelons que l’article 4 de la Déclaration de Fribourg dont la France est signataire, stipule : « Nul ne peut se voir imposer la mention d’une référence ou être assimilé à une communauté culturelle contre son gré. » Ceux qui croyaient reconnaître là une valeur républicaine et anti-communautariste comprendront que son rejet marque au contraire la consécration officielle d’un communautarisme français de souche, chargé d’assimiler de force en refusant toute forme de diversité. On est mal barrés ! Depuis les attentats, toutes les associations anti-discrimination font état d’une augmentation considérable des contrôles au faciès et des actes racistes, notamment contre les Rroms et les musulmans (plus d’agressions au cours des dix jours qui ont suivi les attentats que durant toute l’année 2014). Les actes antisémites, tout autant inadmissibles, et qui sont également en augmentation, font la une des médias. Voilà qui donne du grain à moudre à Netanyahou, qui appelle l’ensemble des juifs de France à rejoindre Israël. Des gens pas toujours recommandables auront beau jeu de remarquer qu’en France, les juifs sont les seuls qu’on n’accuse pas de communautarisme. La protection, la bienveillance dont on doit entourer la communauté juive qui se sent menacée, devraient au moins aider nos décideurs à prendre conscience que la reconnaissance de l’existence de minorités au sein de la République aide à vivre les membres de celles-ci et ne menace en rien celle-là.

Bien sûr, il n’en est rien.

Gérard Alle

Les moabis et la grenouille

« La violence faite aux arbres est la violence faite aux hommes. » L’arbre est la métaphore qui sert de transversale à notre roman graphique AHIMSÂ l’instant neige (derniers jours du financement participatif, par là).
Etienne a pu se rendre trois semaines dans l’une des dernières forêts primaires au monde au nord du Gabon grâce au réalisateur Luc Jacquet (La marche de l’empereur) et son équipe pendant le tournage du film Il était une forêt, sorti à l’automne 2013. Normalement ce sanctuaire est interdit au public mais Etienne a été autorisé à suivre une partie du tournage et a surtout eu l’énorme chance de deviser avec son idole, le fameux biologiste Francis Halle, au pied des vénérables vedettes du film : d’immenses moabis, arbres emblématiques de cette forêt et aujourd’hui symboles des espèces menacées de disparition par la déforestation intensive. Les moabis et les grenouilles y cohabitent ensemble depuis des millénaires, eux. Que dire de plus ?

Marcel de la Gare

Les moabis et la grenouille

 

Apartheid

Quatrième billet de la série d’interrogations de Gérard Alle.

Quand, à la suite des attentats, Manuel Valls a parlé d’apartheid, à propos de certains territoires de la république, on lui a immédiatement tapé sur les doigts. Pourquoi ? Sur le fond, tout le monde semblait pourtant à peu près d’accord : le pays allait mal, il fallait agir dans l’éducation, le social et le maintien de l’ordre. Tout le monde était Charlie. En fait, cette unanimité de façade cache un clivage, que dis-je ? un gouffre ! Il y a d’un côté ceux qui pensent que les dogmes de la République française constituent ce que l’humanité a pondu de mieux depuis Cro-Magnon et qu’il faut les marteler jusqu’à ce qu’ils rentrent dans la tête des étrangers, des musulmans et des rebelles. Ces tenants du dogme forment un drôle d’équipage (ultra-laïcards, ultra-républicains, souverainistes, jacobins de droite comme de gauche, extrême-droite). De l’autre côté, il y a ceux qui pensent que les valeurs républicaines ne comptent que par ce qu’on fait pour les mettre en application. Partisans d’une société ouverte, ils la vivent déjà dans leur quotidien et dans leur tête. Sereinement et dans la bonne humeur. On les traite pourtant de doux rêveurs.

En vérité, les dogmatiques de la République renforcent le fonds de commerce du Front National, défenseur auto-proclamé des prétendues valeurs intrinsèques de la nation. Si l’on veut vraiment renforcer les valeurs de la République, il faut au contraire les déshabiller, les débarrasser des mensonges historiques, de l’arrogance et du nationalisme, de leur prétention universelle mais en réalité blanche, impérialiste, colonialiste et néo-colonialiste. Seul un enseignement critique de la laïcité et de la République peut permettre un enseignement critique des religions. Si chacun admet qu’il peut balayer devant sa porte, il n’y a plus de « choc des civilisations ». Mais il convient en même temps de rester intransigeant sur le maintien des acquis sociaux, ce qui est loin d’être le cas. Car s’il devient trop difficile de vivre librement sa différence et qu’en plus, il n’y a plus de contrat social, il ne peut y avoir de destin commun.

 Gérard Alle